Versailles et ses merveilles

Jusqu’au moment où Louis XIV y fit construire un palais et vint y fixer sa résidence, Versailles n’était qu’un pauvre village, dont il est fait mention dans une charte de 1057 et dans des titres de 1066 et de 1084. En 1652, l’archevêque de Paris, de Gondi, vendit à ce monarque le vieux château seigneurial qui était placé en face du bois de Satory. Sur son emplacement le roi fit bâtir un petit château, qui servait de rendez-vous de chasse, où il faisait sa résidence habituelle dans la saison des chasses. À la mort de Louis XIII, le château de Versailles était déjà entouré de plusieurs beaux hôtels. Toutefois, Versailles ne devint un lieu de quelque importance que lorsque Louis XIV eut pris la résolution d’en faire le lieu ordinaire de sa résidence. Le parc et les bâtiments, commencés en 1661, furent achevés en 1684.

Le séjour de la cour de Louis XIV, qui offrait des perspectives de fortune pour une foule d’individus, ne tarda pas à y attirer une abondance extraordinaire de capitalistes, et, au bout de quelques années, Versailles se trouva bâti comme par enchantement.

Versailles est l’une des plus belles villes de France, et l’on peut même ajouter que peu de villes en Europe peuvent lui être comparées, tant pour le nombre des édifices qui la décorent que pour la régularité de sa construction ; ses rues larges, tirées au cordeau et ornées d’un grand nombre de fontaines, sont exactement dirigées du nord au midi, ou de l’est à l’ouest ; elles se coupent à angle droit, et sont formées de maisons et d’hôtels généralement bien bâtis.

On y arrive par trois longues avenues, qui se terminent à la place d’armes.

L’avenue de Paris traverse la ville et la sépare en deux parties à peu près égales, savoir le quartier Saint-Louis, ou le vieux Versailles, à gauche, et le quartier Notre-Dame, ou la ville neuve, à droite. Les avenues de Sceaux et de Saint-Cloud aboutissent obliquement, l’une à droite, l’autre à gauche, avec l’avenue de Paris à la place d’armes.
Château
Du côté de la ville, le château de Versailles s’annonce sur la place d’armes par une vaste avant-cour, dite cour des Ministres. A droite et à gauche sont placées les statues colossales, en marbre blanc, des guerriers, des hommes d’État les plus célèbres de la France. Au milieu de la cour s’élève une statue équestre et colossale en bronze de Louis XIV. Une belle grille de 120 mètres de long, enrichie d’ornements dorés, et terminée par deux pavillons formant soubassement à des statues de la Victoire, ferme cette cour du côté de la place.

De ce côté, le château n’a pas une grande apparence ; mais, du côté des jardins, il déploie une façade imposante, composée dans toute son étendue d’un soubassement en arcades appareillées en refends, d’une ordonnance ionique en pilastres, que surmonte un attique couronné d’une balustrade.

En considérant l’immensité de cette façade, son bel ensemble, l’unité parfaite qui règne entre toutes les parties, la magnificence et la richesse des ordres d’architecture et des nombreuses statues qui la décorent, enfin la beauté et la solidité de sa construction, on peut, et avec raison, la classer au nombre des belles productions de l’art en France, et convenir même qu’elle a peu d’égales en Europe, et peut-être en Italie.

Galeries historiques
Depuis près d’un demi-siècle, le palais construit par Louis XIV était solitaire et pour ainsi dire abandonné, lorsqu’une noble pensée est venue ranimer ses vastes appartements, restaurer ses marbres, revivifier ses riches peintures, redorer ses superbes lambris, et en faire la demeure de la gloire française.

La collection historique que renferme le palais de Versailles peut se diviser en

quatre parties principales :

  • les tableaux
  • les portraits
  • les bustes
  • les vieux châteaux et les marines.

Les tableaux représentent : les grandes batailles qui, depuis le commencement de la monarchie jusqu’à nos jours, ont immortalisé les armes françaises ; les événements ou les traits les plus remarquables de nos annales historiques ; le siècle de Louis XIV ; les règnes de Louis XV et de Louis XVI ; la brillante époque de 1792 ; les victoires de la République ; les campagnes de Napoléon ; les actions mémorables de l’Empire ; le règne de Louis XVIII ; le règne de Charles X ; la Révolution de 1830, le règne de Louis-Philippe.

Les portraits comprennent : la collection de tous les rois de France depuis Pharamond jusqu’à Louis-Philippe ; les grands amiraux de France ; les connétables ; les maréchaux ; les guerriers célèbres qui n’ont été revêtus d’aucune de ces dignités. Indépendamment de ces séries, toutes composées de noms français, on a rassemblé dans une galerie immense les portraits des personnages de tous les temps, de tous les pays, qui se sont illustrés sur le trône, dans l’ordre politique, à la guerre, dans la magistrature, dans les sciences, dans les lettres, dans les arts.

Les bustes et les statues forment également des galeries de personnages célèbres depuis les premiers siècles de la monarchie jusqu’à nos jours ; on y a joint les tombeaux des rois et reines, princes et princesses de France.

Les vieux châteaux forment une collection curieuse pour les costumes du temps. Les marines représentent quelques-unes de.nos batailles navales.

La chapelle

Par sa belle architecture et par la richesse de ses ornements intérieurs, la chapelle du château de Versailles est un objet d’admiration pour tous les connaisseurs. Elle tient au château du côté du nord et du côté du couchant, et n’a de visible extérieurement que son chevet terminé en rond-point et sa face méridionale.

Le théâtre

Le théâtre, dit salle de l’Opéra, a été achevé en 1770 pour le mariage de Louis XVI ; la salle est une des plus grandes de l’Europe ; elle peut contenir trois mille personnes.

Le parc du château

Il comprend, dans son enceinte, les jardins et les bosquets, ornés de statues de bronze et de marbre, de fontaines, et embellis de jets d’eau et de groupes en bronze, d’une orangerie et d’un canal. Sa plus grande longueur est de 4800 mètres, et sa plus grande largeur de 3200 mètres. Lorsque les grandes eaux jouent, le parc et les jardins offrent un coup d’œil ravissant : en se plaçant au milieu de la terrasse ou parterre d’Eau, on découvre en face le bassin de Latone, l’allée du Tapis vert, le bassin d’Apollon et le canal ; à droite, le parterre du Nord, la fontaine de la Pyramide, la cascade, l’allée d’Eau, la fontaine du Dragon et le bassin de Neptune ; à gauche, le parterre des Fleurs, l’orangerie, et, dans le lointain, la pièce d’eau dite des Suisses. En arrière du parc qui renferme les jardins s’étend le grand parc, de 16 kilomètres de long, dans lequel sont enclavés les châteaux du Grand et du Petit-Trianon.

Le Grand-Trianon

Situé à l’extrémité d’un des bras du canal, est dû au génie de Mansard ; sa construction orientale est aussi élégante que magnifique ; il n’est composé que d’un rez-de-chaussée divisé en deux pavillons, réunis par un péristyle soutenu de vingt-deux colonnes d’ordre ionique.

Le Petit-Trianon

Il est situé à l’une des extrémités du pare du Grand-Trianon ; il consiste en un pavillon de 24 mètres en tous sens, et est composé d’un rez-de-chaussée et de deux étages. La façade principale est décorée de six colonnes corinthiennes cannelées ; les autres faces n’ont que des pilastres. Les jardins de ce petit palais sont délicieux : le jardin anglais est décoré par les plus jolies constructions.

D’après l’ouvrage « Les beautés de la France » par Girault de Saint-Fargeau 1853.

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